Alanis Obomsawin est la récipiendaire 2016 du Prix P.H. Bryce

À travers son objectif créatif, Alanis Obomsawin donne aux peuples autochtones la chance de partager leurs histoires, de faire la lumière sur les injustices et de réclamer réparation sur des questions qui influent sur la santé et le mieux-être des enfants. Ses films soulèvent des discussions et créent un espace pour l’apprentissage et la guérison. Ils informent et inspirent, ils permettent aux communautés d’avancer et aident certaines à se lever debout pour défendre leurs positions.

Par exemple, son documentaire Richard Cardinal : le cri d’un enfant métis porte sur la vie d’un jeune garçon métis qui s’est suicidé alors qu’il était placé en famille d’accueil. Bien que ce film soit sorti il y a plus de trois décennies, l’histoire de Richard Cardinal est une tragédie tout aussi pertinente aujourd'hui alors que les jeunes et les enfants autochtones continuent d’être placés en foyer d’accueil et hors de leurs communautés, faisant ainsi face à un plus haut risque de souffrir d’un mal-être mental, de toxicomanie et d’être victime de violence.

En 1990, la télévision canadienne a transmis des images de la crise d’Oka quand les Mohawks ont protesté contre l’empiètement et l’appropriation de leurs terres traditionnelles par des intérêts économiques et coloniaux. Le gouvernement canadien a dépêché l’armée sur place afin de mettre fin à la manifestation des Mohawks et libérer le terrain pour procéder à son développement. Alanis a bravé la violence et y a passé 78 jours de tournage lors de la confrontation. Trois ans plus tard, son documentaire à succès, Kanehsatake : 270 ans de résistance, est lancé devant le public canadien et dans le monde entier et offre une image plus complète de la crise d’Oka derrière les lignes de résistance des Mohawks.

Hi-Ho Mistahey! est sorti en 2013. Le film raconte l’histoire de Shannen Koostachin d’Attawapiskat et son rêve d’une éducation équitable. En 2011, Alanis a accompagné Shannen et cinq jeunes à Niagara Falls pour s’adresser au Comité des Nations Unies relatif aux droits de l’enfant à propos des défis quotidiens auxquels font face les communautés des Premières Nations. Shannen a directement souffert des conséquences sinistres du sous-financement du gouvernement fédéral en matière d’éducation des Premières Nations. L’école primaire de sa communauté a été fermée en l’an 2000, après que le sol eut été contaminé par un déversement de diésel. Le gouvernement du Canada a acheminé des remorques portables « temporaires » et les a installées sur le terrain de jeu de l’école contaminé par le déversement. Ces roulottes se sont vite détériorées en raison des conditions météorologiques du Nord. Les systèmes de chauffage brisaient régulièrement, causant une accumulation de glace sur les portes et les roulottes sont devenues infestées de rongeurs et de moisissure noire. Shannen croyait que chaque enfant au Canada mérite une école sécuritaire et confortable. Elle fait une vidéo sur YouTube pour démontrer les conditions effroyables à Attawapiskat et invitait les élèves de partout au Canada à écrire au gouvernement pour exiger une école conforme. Cet appel à l’action a abouti à la plus importante campagne de droits humains dirigée par des enfants et des jeunes dans l’histoire canadienne : le Rêve de Shannen. Quand Shannen est tragiquement décédée dans un accident de voiture à l’âge de 15 ans, les jeunes qu'elle a inspirés se sont engagés à perpétuer son rêve.

Pour citer le commissaire Wilton Littlechild de la Commission de vérité et de réconciliation : « La réconciliation n’a aucune ligne d’arrivée. » Le dévouement d’Alanis envers la justice pour les enfants autochtones n’en a pas non plus. Ses deux documentaires à venir, We Can't Make the Same Mistake Twice (2016) et Norway House (2017) mettront en lumière la lutte pour un financement équitable des services à l’enfance et à la famille sur les réserves et pour un accès équitable des Premières Nations aux services offerts.

Pour Alanis, le courage n’est pas qu’un concept, c’est un mode de vie. Elle raconte les histoires que nous avons besoin d’entendre alors que nous ne souhaiterions pas qu’elles existent. Comme le Dr. Peter Bryce, Alanis fait preuve de leadership, d’intégrité, de courage moral et d’une détermination sans faille en faveur de la sécurité, de la santé et du mieux-être des enfants autochtones. Elle inspire les autres à avoir le courage de se lever pour la justice et aider cette génération d’enfants des Premières Nations, des Métis et des Inuits pour qu’ils aient les mêmes chances de réussir que leurs pairs non autochtones.

Comme le dit Alanis : « Nous ne pouvons permettre à des choses terribles d’envahir nos esprits et devenir des victimes. Il faut utiliser nos épreuves pour nous rendre plus forts pour pouvoir nous battre pour un monde meilleur pour tous. »

Grâce au travail d’un vie, Alanis contribue à changer les cœurs et les esprits des Canadiens qui étaient indifférents à la cause au départ, mais qui, aujourd’hui, en sont rendus au point de la réconciliation. Le Prix P.H. Bryce reconnaît son travail qui a permis d’améliorer la vie des enfants autochtones.